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Économie

Ce que les sargasses coûtent vraiment à un littoral caribéen

Les équipes de nettoyage ne sont que la partie visible de la facture. L’essentiel du coût commence dès que les algues touchent le sable.

Publié le 2 novembre 20266 min de lecture

Un rivage caribéen recouvert d’un épais tapis orange de sargasses.

Chaque saison, les sargasses transforment certains des littoraux les plus précieux des Caraïbes en amas bruns à l’odeur de soufre. Leur coût est rarement comptabilisé en un seul endroit. Il se répartit entre les budgets d’entretien des hôtels, les contrats municipaux, les réservations perdues et la santé publique. Rassembler les chiffres publiés permet de mieux voir ce qu’un littoral paie réellement.

La facture visible : le nettoyage

Le nettoyage est le coût le plus facile à mesurer. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) estime que nettoyer les sargasses dans l’ensemble des Caraïbes a coûté 120 millions de dollars en 2018.1 Les échouements ont augmenté depuis : 2025 a été l’année record des relevés satellites, et 2026 la deuxième.2

Dans l’État mexicain du Quintana Roo, une grande partie de la charge repose sur les hôtels. Le président de l’Association des hôtels de la Riviera Maya estime que les hôtels de l’État dépensent environ 150 millions de dollars par an à cause des sargasses, et les dépenses de 2025 ont dépassé 2,7 milliards de pesos.3 Des reportages antérieurs faisaient état d’hôtels en bord de mer payant de 70 000 à 90 000 dollars par mois pour garder leur sable propre.4 Aux îles Vierges américaines, le département des ressources naturelles a estimé qu’évacuer un échouement dense en décomposition coûte 25 000 dollars par jour.1

150 M$

Dépenses annuelles estimées des hôtels du Quintana Roo liées aux sargasses, selon l’Association des hôtels de la Riviera Maya.3

La facture la plus lourde : le tourisme perdu

Le nettoyage n’est qu’une partie du coût. Quand les plages ferment ou que les visiteurs annulent, la perte se traduit par des chambres vides, des restaurants plus calmes et moins d’excursions. Une étude de modélisation pour Porto Rico a estimé l’impact économique annuel attendu des sargasses à 782 millions de dollars, dans une fourchette de 114 millions à 1,6 milliard.5

Dans les Caraïbes mexicaines, la presse locale a fait état d’un taux d’occupation hôtelière de 55 % à 70 % à l’été 2026 selon les destinations, et des employés de restaurants ont décrit une clientèle bien plus rare les jours de sargasses. Le gouvernement fédéral attribue ce ralentissement à d’autres facteurs, dont le prix du kérosène, ce qui rappelle que les chiffres du tourisme dépendent de nombreux éléments.6 Mais rares sont les voyageurs qui réservent des vacances à la plage en espérant une eau brune, et les images de plages couvertes circulent vite.

La facture cachée : la santé et le rivage

Après environ 48 heures sur la plage, les sargasses commencent à se décomposer et libèrent du sulfure d’hydrogène et de l’ammoniac.7 L’EPA indique qu’une exposition prolongée au sulfure d’hydrogène peut provoquer une irritation des voies respiratoires, des nausées et des maux de tête, et recommande aux personnes asthmatiques de limiter le temps passé près des amas en décomposition.7 Les ouvriers qui les ratissent et les évacuent chaque jour sont les plus exposés. Les engins lourds sur la plage peuvent aussi emporter du sable avec les algues.

Pourquoi le moment change tout

La plupart de ces coûts commencent au même instant : l’échouement. Une fois les sargasses sur la plage, toutes les options sont chères. Il faut les ratisser, les transporter et les éliminer, souvent alors qu’elles pourrissent déjà. Les arrêter au large change les coûts qu’un littoral doit réellement payer.

C’est l’idée de BeachDefender, que HavBotics conçoit pour que des paires de navires autonomes interceptent les radeaux en mer et les dévient au-delà de la côte, vers un site d’échouage maîtrisé ou vers un point de collecte. Le tarif cible de base de HavBotics est de 180 dollars américains par quart de kilomètre de plage, par jour. Protéger un kilomètre pendant une saison de 120 jours reviendrait à environ 86 400 dollars, soit la fourchette qu’un seul hôtel en bord de mer a déclaré dépenser en nettoyage en un mois.4

Ce tarif est indicatif et serait validé lors des pilotes prévus. Mais le sens de la comparaison est clair : empêcher l’échouement devrait coûter une fraction de ce que coûte sa gestion.